[FR] “Londrina des forêts et des abattements”
[FR] “Londrina des forêts et des abattements”
Matéria originalmente publicada no Jornal Notícia, edição número 1432 de julho de 2024.Le professeur Fábio César Alves da Cunha, du Laboratoire d’analyses territoriales Ville-Campagne – LATEC (Département de Géographie), a affiné son regard critique grâce à l’Approche Socio-environnementale, à laquelle il a eu recours lors de ses études postdoctorales, en 2013-2014, à l’Université Fédérale du Paraná, sous la direction du professeur Francisco de Assis Mendonça.
Cette approche a émergé il y a environ trente ans et s’est développée de manière significative en tant que fondement de recherches de Master et de Doctorat en Géographie. Selon le professeur Fábio, cette approche dépasse la dualité Géographie Physique / Géographie Humaine et observe l’ensemble de la construction d’une ville, son processus d’urbanisation, les modèles d’occupation et de colonisation appliqués, mais inclut également les aspects physiques tels que les lignes de partage des eaux, les versants, les fonds de vallée, les ruisseaux et les cours d’eau.
C’est cette étude théorico-méthodologique qui fonde le projet « La croissance de la ville de Londrina dans les décennies 1930, 1940 et 1950, à la lumière de l’Approche Socio-environnementale ». En l’occurrence, le chercheur a pour objectif d’examiner minutieusement le scénario de la région nord du Paraná avant même l’arrivée des Anglais, encouragés par le gouvernement fédéral animés par un plan visant à exploiter et à tirer profit de la vente des terres. Il convient de rappeler que lorsque les Anglais arrivèrent là où allait devenir Londrina, il y a cent ans, l’Angleterre était encore impérialiste : rien qu’en Afrique, elle possédait une vingtaine de colonies. Le Ghana n’est devenu indépendant qu’en 1957, le Botswana en 1966 et les Seychelles en 1976.
Les sources historiques identifiées par le professeur révèlent une réalité sensiblement différente de celle véhiculée par la majorité des récits littéraires relatifs à la naissance et au développement de Londrina. Il s’agit de faits peu évoqués, voire totalement absents, auprès de la version de l’histoire diffusée par la Companhia de Terras Norte do Paraná (CTNP) ou par d’autres auteurs.
Un exemple figure dans la thèse de Nelson Dacio Tomazi (1997, soutenue à l’Universidade Federal do Paraná, puis publiée sous forme d’ouvrage). L’auteur y évoque un « ensemble d’idées et d’images associées au progrès, à la civilisation, à la modernité, à une colonisation rationnelle, à une occupation planifiée et pacifique, à la richesse, à la caféiculture, à la terre rouge fertile, à la petite propriété, à la terre du travail et à l’esprit pionnier, entre autres. Il s’agit d’un discours construit tout au long du XXe siècle, principalement entre les années 1930 et 1950, visant à produire une version des faits du point de vue des groupes dominants ». La thèse porte le titre Norte do Paraná: História e fantasmagorias. Le terme « fantasmagories » renvoie aux silences historiques, notamment ceux liés à la violence, à l’exclusion et au fait que la région n’était pas un espace vide, mais déjà habitée.
Il est aisé de constater comment l’Histoire et la Géographie sont étroitement liées dans les processus d’occupation et de colonisation d’un territoire. Dans l’État du Paraná, la ville de Castro constitue un exemple significatif, ayant émergé sur la route des tropeiros qui quittaient Viamão pour conduire le bétail jusqu’à Sorocaba. Plus à l’intérieur des terres, sur le Deuxième Plateau, le manque de ressources telles qu’un sol fertile a entraîné une urbanisation plus dispersée et un réseau urbain moins dense. Cette configuration est perceptible sur le trajet reliant Londrina à Curitiba via la BR-376 : il n’existe pratiquement que deux villes sur cet itinéraire, après la Serra do Cadeado.
À l’arrivée des Anglais, une occupation encore embryonnaire existait déjà dans le Norte Pioneiro, notamment grâce à une branche ferroviaire atteignant Cambará, située à près de 140 kilomètres de Londrina. Selon le professeur Fábio, « la fertilité des sols, la végétation luxuriante et la proximité avec l’État de São Paulo furent des caractéristiques déterminantes ayant attiré les Anglais vers un projet de colonisation rentable dans la région de la CTNP » explique le professeur Fábio.
Eldorado
Londrina et ses environs ont été l’objet d’intenses campagnes publicitaires, qui offraient une terre fertile, exempte de fourmis coupe-feuilles, pour la plantation de cultures telles que le café et le coton, bien que le gel a été un problème. La Mission Montagu, dirigée par Lord Lovat, a visité la région et a contribué à construire le discours de l’ “Eldorado”.

Selon le professeur Fábio, le modèle de colonisation apporté par les Anglais – très expérimentés en la matière – était très logique : à l’intérieur d’une zone allant à peu près des actuelles Ibiporã à Umuarama, les caractéristiques géographiques (notamment les crêtes séparant les bassins hydrographiques) ont été exploitées pour implanter des infrastructures telles que les voies ferrées et les axes routiers. La rue Quintino Bocaiuva, dans la ville de Londrina, est située sur l’un de ces interfluves.
Par ailleurs, les Anglais ont imposé de nombreuses exigences, toutes acceptées par le gouvernement : exonérations fiscales, droit d’expropriation de propriétés et d’améliorations foncières, usage exclusif d’une bande de quinze kilomètres de part et d’autre d’une future voie ferrée, rémunération au kilomètre de ligne construite et exploitée, ainsi qu’interdiction d’implantation industrielle. L’objectif était d’exercer un contrôle étendu sur le développement urbain régional. Il y a eu du développement, mais sous la baguette anglaise. Le vaste lotissement du nord du Paraná s’inscrivait pleinement dans une logique de rentabilité économique.
Les récits historiographiques largement diffusés présentent plusieurs divergences. Par exemple, l’arrivée de la « première caravane » sur le site de la future Londrina n’aurait pas eu lieu le 21 août 1929, mais le 22 août, selon le témoignage d’Erwin Fröhlich, cuisinier de l’expédition, publié dans la revue A Pioneira en 1949. Cette différence d’un jour, bien que minime en apparence, révèle des divergences narratives importantes. D’après le professeur, la date traditionnellement retenue provient d’un témoignage de George Craig Smith recueilli en 1973, soit plus de quarante ans après les faits, ce qui soulève des interrogations quant à la fiabilité mémorielle des détails historiques.
“Progrès“
À cette époque, la notion dominante était celle du « progrès ». Les préoccupations environnementales ne se sont apparues qu’entre les décennies 1960 et 1970. Auparavant, les représentations photographiques glorifiaient l’abattage des arbres et la figure du pionnier armé d’une hache. L’Approche Socio Environnementale, en revanche, pose des questions telles que : « Que se trouve-t-il sous la ville ? ». La croissance urbaine s’est développée sur une nature préexistante, inévitablement transformée par l’occupation humaine. À Londrina, de nombreuses sources naturelles ont été remblayées afin de permettre la construction de quartiers, d’îlots urbains ou d’édifices.
Le professeur Fábio Cunha poursuit actuellement ses recherches. Cette première étape a donné lieu à un article intitulé « Considerações sobre a atuação dos ingleses no prelúdio do surgimento de Londrina-PR », publié dans la revue Formação, rattachée au programme de troisième cycle en Géographie de l’Universidade Estadual Paulista. Dans cet article, le chercheur soutient notamment que la création de la CTNP est directement liée aux intérêts gouvernementaux visant à obtenir un prêt de 25 millions de livres sterling auprès de la banque anglaise Rothschild & Co. Une des conditions consistait à soutenir une mission envoyée par cette institution au Brésil.
La prochaine étape de la recherche portera sur la consolidation de la croissance urbaine durant les trois premières décennies de la ville — les années 1930, 1940 et 1950 —, période antérieure aux profondes transformations des décennies suivantes, marquées notamment par les changements d’usage des sols, la mécanisation agricole, le Statut du Travailleur Rural (Loi 4214/63), le Estatuto da Terra (Loi 4504/64), ainsi que les fortes gelées ayant contribué à l’exode d’un important contingent de travailleurs ruraux vers les villes moyennes et grandes, générant de nouveaux défis urbains.
Tradução : Mateus Guimarães de Abreu e Laís Zafanelli, instrutores do Programa Paraná Fala Francês da UEL
Revisão : Michela Prestes, docente do Departamento de Letras Estrangeiras Modernas da UEL
*Matéria originalmente publicada no Jornal Notícia, edição número 1432 de julho de 2024




